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DOSSIER | La révolution des papas

SOCIÉTÉ - Ils donnent le biberon, déposent les petits à la crèche et leur préparent des purées de légumes. C’est un fait : les pères du XXIe siècle pouponnent et sont plus investis dans l’éducation de leurs enfants. Des « nouveaux papas » qui se démarquent en refusant de reproduire le modèle du patriarche absent, autoritaire et peu enclin aux câlins. Une véritable révolution !

En 1985, dans Trois hommes et un couffin, des copains se découvraient la fibre paternelle. Un film qui a marqué une époque, celle où les pères étaient certes aimants, mais totalement dépassés par la prise en charge d’un nourrisson. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts ! Les hommes s’impliquent de plus en plus dans leur foyer, des soins apportés aux enfants à la corvée de vaisselle. Pour preuve : l’augmentation constante de la garde alternée ou des revendications de certains à mieux concilier vie privée et vie professionnelle. Mais qui sont donc ces papas qui bousculent les codes ? « Des hommes qui n’entendent plus tout sacrifier au travail et qui considèrent leur paternité comme une source d’épanouissement, explique Christine Castelain Meunier(1), sociologue au CNRS (Centre national de recherche scientifique). Non seulement, les pères veulent être plus présents mais aussi plus impliqués dans l’éducation de leurs enfants. Ce changement tient à la place plus importante que la sociétésouhaite donner aux pères. La loi les incite, par exemple, à prendre davantage de congés pour s’occuper de leurs enfants.  » Sans oublier les mamans, qui « ont aussi joué un rôle clé dans cette transformation en acceptant de lâcher du terrain. »

 Le père n’est jamais trop présent, jamais trop impliqué dans les soins et l’éducation de l’enfant  

Jean Le Camus, professeur de psychologie à l’Université de Toulouse-Le Mirail.

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Papa dès la naissance

Aussi fou que cela puisse paraître, il y a encore quelques années, un homme n’avait pas le droit d’assister à l’accouchement de sa femme. Il devait rester dans la salle d’attente jusqu’à ce que le bébé vienne au monde ! La mère avait alors la responsabilité de tout ce qui avait trait à la famille et aux enfants : éducation, nutrition, santé et affection. La place du père était au « charbon ». À la fois pourvoyeur et chef de famille, il représentait l’autorité et était peu (voire pas) investi dans la vie de ses enfants, et encore moins lorsqu’il s’agissait de bébés. On sait maintenant qu’un enfant a besoin d’un père impliqué dès le tout début de sa vie, et non à un âge qui viendrait après « le temps de la mère ». « Pendant des siècles, l’homme n’a pas été autorisé à participer à l’odyssée exclusivement féminine du portage, du nourrissage et du pouponnage, précise Jean Le Camus, professeur de psychologie à l’Université de Toulouse-II-Le Mirail et spécialiste de la paternité. Il n’avait du reste ni le loisir ni l’envie de s’en mêler : ce n’était pas son affaire, et il avait bien autre chose à faire. » Comme gagner de quoi nourrir sa famille pour commencer. L’entrée en paternité se faisait beaucoup plus tard, lorsque l’enfant commençait à marcher, à jouer et à dire « papa ». « Les temps ont bien changé, poursuit le psychologue. Les hommes s’engagent maintenant dans ce long processus d’accompagnement relationnel qui concerne l’enfant à naître, puis le nouveau-né et enfin le jeune enfant. » Parce qu’ils y trouvent un accomplissement, une valorisation, mais aussi parce qu’ils savent que c’est bénéfique pour leur petit.

► DECRYPTAGE | Comment la figure paternelle s'est transformée en 60 ans

Années 50-60 : le pater familias en puissance
Années 70-80 : le « papa loisirs »
Années 1990-2000 : émergence du « papa poule »
Années 2010 : le « papa impliqué »
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  • Années 50-60 : le pater familias en puissance

    Les années 50-60 sont celles du « père absent », qui subvient financièrement aux besoins de sa famille et qui ne doit pas montrer ses sentiments, sous peine de perdre sa virilité.
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  • Années 70-80 : le « papa loisirs »

    Le rôle du père prend de l’ampleur et ne se limite plus à ramener de l’argent à la maison ! Plus attentif et moins cantonné dans son rôle de macho, le papa commence (tout doucement) à s’occuper de ses petits.
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  • Années 1990-2000 : émergence du « papa poule »

    John Travolta représente ces pères de la fin du XXe siècle, plus sensibles, pour qui avoir un enfant représente un vrai épanouissement. Ces années vont de pair avec une augmentation des séparations et des divorces : les papas se battent de plus en plus pour obtenir la garde alternée de leurs bambins.
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  • Années 2010 : le « papa impliqué »

    Si le papa ne se lève pas forcément la nuit, il a tout de même le tact de demander si bébé l’a bien faite, sa nuit ! Cette nouvelle génération de pères est plus encline à changer les couches ou à donner le bain, même si certains ont encore du chemin à faire. Quoi qu’il en soit, l’évolution des mœurs suit son cours. Le papa des années 2010 est indéniablement impliqué dès les premiers instants de vie de son enfant.
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Papa très présent

Aujourd’hui, c’est avec émotion que le nouveau papa trouve sa place dans la vie de son enfant. Cela commence dès la naissance, avec le « peau à peau », moment privilégié entre le nouveau-né et ses parents. Et ça continue à la sortie de la maternité : le nouveau père se reconnaît à sa façon de porter la coque de son nourrisson, telle un trophée durement gagné ! Il n’est pas rare non plus de le voir faire les courses, son bébé lové contre lui dans une écharpe de portage. Les papas du XXIe siècle changent les couches, se lèvent la nuit, vont chez le pédiatre, donnent le bain et plus encore. Ils sont tout simplement heureux de pouvoir partager tant de beaux moments avec ses petits êtres, des moments précieux qui ne reviendront jamais. De même, nombreux sont les papas d’aujourd’hui à choisir de travailler moins d’heures, pour avoir plus de temps à consacrer à leur famille. Certains vont même plus loin : depuis les années 2010, le modèle du père au foyer fait de plus en plus d’émules, notamment aux États-Unis, comme l’atteste une étude du Centre de recherches Pew publiée en août 2014. Elle révèle qu’en 2012, 16 % des personnes qui choisissaient de s’occuper de leurs enfants à domicile étaient des hommes (contre 10 % en 1989). La marque de jouet Lego, toujours raccord avec son époque, vient d’ailleurs de commercialiser une figurine de père au foyer, qui cartonne au pays de l’oncle Sam.

 Nous ne répondons à aucune demande qui nous a été formulée. Nous essayons juste de dépeindre notre monde actuel et d’écouter nos consommateurs 

a expliqué Soren Torp Laursen, président de Lego Systems, au magazine Fortune. Une figurine qui ne correspond pas encore à l’évolution des schémas familiaux français, sachant que moins de 3 % des hommes sont pères au foyer en Métropole (2) (aucun chiffre n’existent pour la Nouvelle-Calédonie...).

Re-pères

Dans les tout premiers temps de sa vie, le seul repère de l’enfant est sa mère, avec laquelle il entretient une relation étroite du fait de la familiarité de sa voix et de son odeur. Pourtant, il a très vite besoin d’un autre repère : c’est là qu’intervient le papa. Pour Jean Le Camus, le dialogue entre un nourrisson et son père s’instaure très précocement, sur un mode de communication spécifique, faisant intervenir le toucher et le mouvement. Une façon d’introduire le jeu dans la vie du bébé :

 Par ses taquineries, le père incite l’enfant à s’adapter, affirme le psychologue. Il l’encourage ainsi à l’exploration et à la persévérance.

Le fait d’échanger par le biais de chatouilles ou de bagarres simulées développerait en effet la confiance en soi de l’enfant, tout en favorisant sa socialisation par l’apprentissage du respect des règles du jeu. Une ouverture au monde, que la psychanalyse attribue au père, le désignant comme celui qui vient « perturber » le face-à-face fusionnel entre la mère et son petit. Le père joue donc un rôle primordial dans la construction de la pensée de l’enfant, dans la perception qu’il a de lui-même, et donc, dans son épanouissement.

Un papa structurant, mais aussi éducateur et proche de son enfant dès le premier âge : telle est l’image de la paternité aujourd’hui. Bonne fête à tous les papas du Caillou !

Le chiffre 


67

C’est le pourcentage de pères ayant déclaré être « cap » d’emmener leurs enfants au parc un dimanche pluvieux à 8h30, parce que « maman est fatiguée ».

(Selon une enquête d’opinion réalisée par la marque de poupées Corolle en Métropole en 2014)

Pour aller plus loin


► TENDANCE | Ces nouveaux "'cool-dads"

► ANALYSE | La parternité en 3 questions par la sociologue Catherine Sellenet

► DECRYPTAGE | Comment la figure paternelle s'est transformée en 60 ans

► SOCIÉTÉ| La révolution des papas


(1) Le ménage, la fée, la sorcière et l’homme nouveau, Éditions Stock.

(2) Source Insee 2013

Sources : Femme Actuelle, IDKIDS, Famili, Maman pour la vie, Doctissimo, Plurielles, Le Point, Psychologies, Dossier Familial