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"On veut la vérité" : cette Police qui rassure

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 Trop souvent malmenée, le commissariat central de Nouméa a ouvert ses portes à Femme.nc, le temps de quelques heures.

Sur zone, le capitaine Thierry Bourat, référent police-population, est d’abord piqué au vif : «Des stages sur l’accueil des victimes ont lieu depuis des années ! » Il ne peut pas entendre qu’un agent puisse mal orienter une femme en détresse ou carrément lui adresser un propos désobligeant. Puis, il concède : «

La Police est une institution mais on est humain. Le côté administratif est peut-être un peu froid, mais ensuite la personne sera parfaitement suivie.

Il tient surtout à souligner la réactivité des policiers sur le terrain : « En cas de violences, nous présentons toujours l’auteur devant la Justice, même si la victime ne veut pas porter plainte (...) Les attentes sont énormes. Par exemple, dans un conflit familial, il faut les séparer, constater les blessures, les dégâts, trouver une solution d’urgence pour que la femme et ses enfants passent la nuit en sécurité. On fait tout cela. » À ceux qui reprochent aux forces de l’ordre de ne pas se rendre sur les lieux quand on les appelle à l’aide, le capitaine Sylvia Chabale répond également : « Ce sont les délais d’intervention qui peuvent être longs. Quand on est déjà en intervention, on ne peut pas se dédoubler. C’est un problème de manque d’effectifs. »

 Ne pas généraliser

Le capitaine Sylvia Chabale, ancien chef du bureau de protection familiale et des mineurs de la police nationale, dirige aujourd’hui le Bureau d’aide aux victimes (BAV), petite révolution au commissariat central, mis en place en 2016. Pas langue de bois, elle explique : « Chacun a sa sensibilité mais il ne faut pas généraliser. Oui, des questions heurtantes peuvent être posées aux victimes, mais c’est nécessaire à la procédure. On veut la vérité. Après, c’est le Procureur qui décide. Et oui, parfois c’est terrible, quand une femme a été victime de graves abus pendant des années avant l’affaire qui nous intéresse. »

Laurence Grangeon, l’assistante sociale du BAV, explique : «Une partie des affaires relève de ce qu’on appelle les « violences mixtes » : La femme insultée, battue, violée qui ne s’est pas sentie protégée, un jour, elle va peut-être répondre avec beaucoup de violence, le tout dans un contexte de grande toxicologie et de montée en tensions. D’où l’importance de porter plainte si on est victime de violences et de les signaler si on est témoin, pour permettre à la justice de contextualiser les faits.» Thierry Bourat ajoute que la caractérisation des violences verbales et psychologiques est en plus très compliquée, depuis la loi sur le harcèlement moral. On retient donc que les situations sont complexes, toujours différentes, et la violence protéiforme.

« Ça bouge »

Mais que dire des conseils et commentaires bien lourds, dénoncés par le milieu associatif, que certains adressent aux femmes victimes de violences? Le capitaine Sylvia Chabale se veut rassurante : «Si un comportement inapproprié remonte, on réagit immédiatement. D’ailleurs, ça bouge. En tant que femme dans la Police, je peux vous assurer que les hommes ont évolué. Nous, les femmes policières, on ne se laisse pas faire devant les comportements macho. Et il y en a beaucoup moins qu’avant. Notre travail est pris en compte et valorisé. Le regard change.» Les forces de l’ordre n’échappent pas au contexte général de domination masculine qui façonne toutes les institutions. Les mentalités doivent encore évoluer sur les questions de genre et d’égalité hommes-femmes. Dans la tête des hommes, comme dans celles des femmes d’ailleurs.

Problème de formation

Un problème majeur dans la lutte contre les violences faites aux femmes concerne la formation de tous les intervenants, et sur ce plan, la  Nouvelle-Calédonie n’a rien à envier à la métropole. Dans Le monde.fr, Isabelle Steyer, avocate au barreau de Paris, spécialiste du droit des victimes et des violences conjugales, explique : « Il ne faut pas que des questions culpabilisantes lui soient initialement posées (à la victime). (...) il n’existe pas de formation obligatoire pour les policiers. Il y a deux jours de formation (...) au sein de l’Ecole nationale de la magistrature, et aucune formation pour les experts, psychiatres, enquêteurs sociaux, psychologues. Les médecins ne sont pas formés à cela. (...) Dès qu’un intervenant n’est pas formé, il va invalider le dossier et le travail fait précédemment dans le cadre de l’instruction et de l’enquête. »

Les dispositifs sont donc sans cesse à améliorer, mais le BAV du commissariat central de Nouméa constitue un progrès, notamment parce qu’il travaille en réseau avec toutes les autres structures dédiées comme Le Relais, les assistantes sociales de secteur, les foyers, les associations d’aide juridique.

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