©DR

©DR

TÉMOIGNAGE | Violentée par son compagnon, Marie nous raconte

Partager :

À 25 ans, Marie est un oiseau de feu, un Phoenix : Réduit en cendres, il renaît sans cesse, déployant des ailes protectrices au-dessus de ses enfants pour tenter un redécollage. Toujours en grand danger, Marie a accepté de nous raconter son histoire.

« J’ai rencontré Luc* à 17 ans. Il en avait 22. Je suis tombée enceinte rapidement. (...) Je vivais encore chez mes parents, souvent absents pour le travail. Les premiers coups sont arrivés pendant la grossesse. (...) Luc me giflait, me poussait, me jetait par terre, me frappait au sol. Il y avait les mots aussi, si durs...

T’es moche, t’es grosse, t’es nulle, tu sers à rien.

 (...) Il s’est toujours arrangé pour qu’il n’y ait pas de témoin. Mon père ne l’aimait pas trop. Malheureusement, quand on est ado, on fait toujours le contraire de ce que disent nos parents. De toutes façons, j’avais trop honte. Je n’en aurais jamais parlé ! (...) Je faisais semblant que tout allait bien, j’ai tout mené de front et j’ai eu mon bac... mais j’ai mis au monde un grand prématuré.

Motricité, langage, propreté, Caroline* (le prénom a été modifié)  a eu beaucoup de retard. Aujourd’hui, elle a presque tout récupéré, mais ça a été très dur après sa naissance. La nuit, il fallait donner le biberon toutes les deux heures, et continuer à aller à l’école pendant la journée. Car j’ai poursuivi en BTS après le bac. (...) Luc travaillait dans une commune éloignée et ne rentrait que les week-ends. Dès que je le contredisais, c’était des coups. (...) Je n’étais pas considérée comme un être humain. (...) Quand il était saoul, il m’a violée aussi. (…)

20 de tension

Pour ma deuxième grossesse, j’ai fait un énorme déni. Je m’en suis rendue compte au bout de cinq mois ! Fatiguée, stressée, je suis montée à 20 de tension. Là, je lui ai mis un ultimatum, je lui ai dit de ne plus se mettre la pression avec nous, de prendre du recul... Et miracle, il a pris le large. Il m’a laissée tranquille terminer ma grossesse et Mathias* est né à terme, en parfaite santé. (...)

En tombant sur des photos, j’ai découvert que Luc avait une double vie, avec une autre compagne et même des enfants ! Là, j’ai eu le déclic. Je suis allée au Relais de la province Sud. Au procès, il a tout accepté : la garde, la pension etc. (...)

J’ai fait une grave dépression après ça. J’ai perdu vingt kilos. (...) Très vite, j’ai repris le dessus (...). Je me suis lancée dans une formation d’infirmière !

« Je te tuerai »

(...) Même séparés, j’étais bien obligée de croiser Luc le week-end, quand il venait chercher les enfants. Il m’a menacée plusieurs fois : «Ne refais pas ta vie, t’as pas intérêt, je te tuerai». Le jour où il a compris que j’avais rencontré quelqu’un, il a explosé... Il m’a tiré par les cheveux dans les escaliers. J’ai voulu porter plainte, mais soit on m’a plutôt conseillé de poser une main courante, soit il n’y a pas eu de suite...

Depuis deux ans, je suis avec quelqu’un de bien, un étudiant comme moi, ça se passe vraiment bien... Et ça, Luc ne le supporte pas. Pour la première fois, en février, il m’a rouée de coups devant les enfants. Il m’a giflée si fort que je suis tombée. Il a cassé le réfrigérateur, la chaise, m’a encore traînée par les cheveux... Alors que j’étais au sol, il m’a mis des coups de pieds avec ses chaussures de sécurité... Il a visé les fesses et le visage. (...) J’ai essayé de protéger mon visage coûte que coûte pour pouvoir continuer à aller en cours. J’ai pensé à mes enfants. Je les entendais hurler, pleurer, ils étaient terrorisés, c’était horrible. (...)

Commissariat central

Au commissariat central, une fois de plus, j’ai été confrontée à un policier bizarre, avec des questions orientées, comme si je l’avais cherché. On m’a même dit « c’est dommage, ça a l’air d’être un gentil.» Insupportable... Mais j’ai pu porter plainte, voir un médecin spécialisé et Luc a été placé en garde à vue. (...) L’audience vient d’avoir lieu : il a pris six mois de sursis, 24 mois d’interdiction de m’approcher et 100 000 francs. (...)

Depuis cette scène, Caroline a de nouveau des problèmes d’énurésie. Elle ne veut plus aller chez son père. Ça me brise le cœur, mais je suis obligée de la forcer à y aller, sinon Luc portera plainte contre moi. (...) J’ai peur pour eux. La dernière fois qu’il les a ramenés, Mathias était en détresse respiratoire avec 40 de fièvre ! (...) La prochaine étape, c’est le juge des affaires familiales. Je voudrais lui retirer le droit d’hébergement, et qu’il les voit dans un espace sécurisé. (...)

Partir ?

Ça fait quatre ans qu’on est séparé mais j’ai toujours peur, je vis cachée, je me fais insulter par certains membres de sa famille. Heureusement, mes enfants et mes parents sont soudés autour de moi. (...) J’ai hâte de terminer ma dernière année d’études. Je voudrais partir travailler et vivre en Métropole avec mon nouveau compagnon, arracher mes enfants à cet enfer. Mais je ne peux pas... Luc a toujours l’autorité parentale. » 

Retrouvez notre dossier complet


► SOCIÉTÉ | L'urgence de faire cesser les violences faites aux femmes
► TEMOIGNAGE | Violentée par son compagnon, Marie nous raconte
► INTERVIEW | Alexis Bouroz, un proc’ de choc
► DECRYPTAGE | Petite histoire de la domination masculine
► ANALYSE | "On veut la vérité"' : cette Police qui rassure

Les numéros utiles 


▶▶▶ 17 Police/Gendarmerie

▶▶▶  24.33.00 Standard  de la police nationale 

▶▶▶  24 34 24 Bureau d’aide aux victimes du commissariat central

▶▶▶  25 23 23 Police municipale département Sécurité ville

▶▶▶  18 Pompiers

▶▶▶  15 SAMU

Les services spécialisés


▶▶▶  05 30 30 SOS Ecoute (appel gratuit )

▶▶▶  05 11 11 SOS Violences Sexuelles (appel gratuit )

▶▶▶  25 00 04 Soutien et accompagnement judiciaire des victimes - 14 rue Sébastopol - Centre Ville

▶▶▶  05 44 44 SOS Enfance maltraitée (appel gratuit )

▶▶▶  26 26 22 Association Femmes et violences conjugales

▶▶▶  27 76 08 ADAVI (association d’aide aux victimes, spécialisée dans l’accompagnement juridique

▶▶▶  Sans rendez-vous, au tribunal de Nouméa, permanences juridiques (notamment mardi et jeudi 7h30-11h30) et psychologiques 1er et 3è vendredi du mois

▶▶▶  27 93 50 Tribunal de Nouméa - Procureur de la République

▶▶▶  27 27 73 Espas CMP (VIH, IST, sexualité et soins)

▶▶▶  23 26 26 Le Relais de la Province Sud (service de traitement des violences conjugales et intrafamiliales)

▶▶▶  25 20 47 Mission à la condition féminine

▶▶▶  27 37 75 Foyer Béthanie (centre d’hébergement d’urgence pour femmes seules ou avec enfants)

▶▶▶  27 23 70 Centre de conseil familial

▶▶▶  20 45 10 Service de la protection de l’enfance de la DPASS

▶▶▶  20 45 40 Assistantes sociales DPASS

▶▶▶  27 53 48 Protection maternelle et infantile (PMI)

▶▶▶  28 63 86 Association pour la sauvegarde de l’enfance, de l’adolescence et des adultes de Nouvelle-Calédonie (ASEANC)



Partager :