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Petite histoire de la domination masculine

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À 84 ans, l’anthropologue Françoise Héritier a consacré sa carrière à la compréhension de la domination masculine, qui traverse toutes les sociétés et remonte à la nuit des temps. Voici quelques clefs pour comprendre.

Les violences contre les femmes ont toujours été exercées par l’autre moitié sexuée de l’humanité : les hommes. Les hommes sont les seuls mammifères du règne animal qui tuent et agressent leurs femelles. Même chez les primates, les grands singes mâles ne mettent pas à mort les femelles. C’est le triste privilège de l’humanité : on ne peut donc pas parler de bestialité ou de nature animale impossible à modifier. Il faut plutôt comprendre la domination masculine comme un système de pensée : donc, bonne nouvelle, tout peut changer !

Une méthode (trop) répandue

Certainement dès l’ère Neandertal, nous avons érigé ce que Françoise Héritier appelle « la valence différentielle des sexes » : un système facile à transmettre qui s’est perpétué jusqu’à nos jours et a servi de modèle à toutes les autres formes de domination, comme la relation maître-esclave ou colonisé-colonisateur.

▶▶▶ La méthode est la suivante :

Interdire à la femme la libre disposition de son corps
Lui interdire l’accès au savoir
Lui interdire l’accès au pouvoir
Utiliser un langage spécifique de domination pour parler d’elle ou s’adresser à elle (déni, dénigrement etc.)

Le corps des femmes

Le corps des femmes a le pouvoir de fabriquer des êtres humains, garçons et filles... Alors que les hommes n’ont même pas la capacité de se recréer au moins un être de sexe masculin avec leur propre corps ! Voilà l’imaginaire collectif qui a mis en dépendance le corps des femmes, devenu l’objet indispensable que tout homme doit posséder pour pouvoir se reproduire. Ainsi, toute femme qui n’était pas sous l’emprise d’un homme était bonne à prendre.

Le viol d’une femme était une offense faite à l’homme qui avait le pouvoir sur elle (père, frère, fils, mari, oncle) et, en Europe, on dédommageait ces hommes avec une somme appelée « le prix du dol ». Selon Françoise Héritier, cette main mise sur le corps des femmes, cette idée qu’il appartient à tous s’il n’est pas protégé, est à l’origine de la prostitution : Une prostituée n’appartient à aucun homme ou son propriétaire est défaillant. Ainsi, elle se fait verser directement le prix du dol.

« (...) cela a été voulu »

Les masculinistes, et même des femmes antiféministes, brandissent la différence physique entre le corps des hommes et celui des femmes pour justifier les rapports d’inégalité. Cependant, mis à part le fait que nous pouvons porter des enfants, il n’y a pas de différence physiologique : C’est parce qu’on nous a privé de la meilleure part de protéines pendant des millénaires que notre corps s’est affiné. De nombreux tabous, comme l’enfermement des petites filles ou des femmes enceintes et allaitantes, nous ont privées de la vitamine D apportée par le soleil et ont contribué à nous affaiblir. « Cela a été construit, cela a été voulu, » insiste Françoise Héritier dans ses ouvrages. À certaines époques, toutes ces « pratiques différentielles » ont entraîné une hécatombe en Europe : Le bassin trop étroit, les femmes mourraient en couche par milliers. Depuis, un rattrapage s’est opéré dans les pays développés.

Vigilance

Il faut une incroyable vigilance sur soi-même et en permanence pour lutter contre ce modèle injuste de la domination masculine. Cette lutte ne donnera des résultats que dans plusieurs milliers d’années selon Françoise Héritier, car nos enfants sont soumis à des discours contradictoires tous les jours. Alors résistez mais ne culpabilisez pas : Les mères ne doivent pas, seules, porter cette responsabilité écrasante.

Attention à nos pratiques quotidiennes et aux mots : Aujourd’hui, on ne peut plus dire « sale youpin » ou « sale noir » et heureusement ! Mais « salope » et « sale pute » ne posent pas de problème à la justice... Attention aux discours religieux faisant de la femme une pêcheresse si elle ne veut pas se soumettre aux volontés de l’homme. Attention aux héros sur nos écrans, amoureux-vengeurs de leurs femmes en détresse... Attention à l’histoire de la graine qui fait de papa le seul jardinier et de maman un pot de fleurs. Attention à ces petites histoires qui présentent comme une situation désirable le fait d’être enlevée par un prince sur son cheval, mariée et engrossée dans son château. Attention à ces comptines populaires qui font parfois l’apologie du viol.

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► TEMOIGNAGE | Violentée par son compagnon, Marie nous raconte
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