Plantureuse rose du désert

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Avec leurs formes harmonieuses, leurs fleurs exubérantes, leurs feuilles grasses et brillantes, les roses du désert ont conquis le coeur des Calédoniens et des Calédoniennes. Mais entretenir une de ces belles plantes nécessite beaucoup d’attention et de patience. Quelques conseils de Djordan Chung, pépiniériste.

Elle est si impudique et si timide à la fois. Elle fait penser à une mandragore, mais dans sa version mythologique, cette plante dont le bulbe est un être vivant, une forme anthropomorphe dont les cris tuent. La rose du désert ou Adenium obesum est issue du continent africain. Son caudex, ou bulbe, peut revêtir des formes étranges si les racines sont laissées libres durant leur croissance. Mais les amateurs d’Adenium aiment lorsque le bulbe est bien dodu, renflé comme une bouteille, avec des tiges courtes, nombreuses, touffues et surtout, fleuries. Mais tout est question de goûts et de couleurs. D’ailleurs, il existe désormais des dizaines de variétés de couleurs. À l’origine, la rose du désert est... rose. Djordan Chung, de la pépinière Pepi Chung, a repris l’entreprise grand-paternelle il y a six ans. Il a depuis développé les plantes ornementales, et produit nombre d’Adenium.

Patience

Ses roses du désert, aux pétales frisés, multiples, beiges, rose fuchsia ou presque bordeaux, sont toutes différentes. Toutes uniques. Elles représentent des années de travail car pour obtenir une belle pièce – jusqu’à deux mètres de haut – il faut user de patience. « C’est très long à pousser. Mais surtout, il faut respecter la taille des pots, conseille le jeune pépiniériste. Tous les neuf mois à un an, vous pouvez le rempoter dans un pot plus grand d’une phalange maximum. Dans ce cas, il est conseillé de bien enlever la terre, de nettoyer la plante, puis de la rempoter. Ou alors, vous pouvez laisser la plante dans un même pot pendant plusieurs années, mais au moins une fois par an, il faut changer le terreau. Vous la sortez du pot, vous nettoyez bien les racines et vous coupez les radicelles, puis vous la rempotez avec un terreau propre. » Pour le substrat, Djordan Chung déconseille de mettre du sable au fond, « il y a une mauvaise prise racinaire, et c’est trop humide ». Il préconise ainsi d’acheter en jardinerie un terreau adapté. La rose du désert pourrait, avec ce nom, ne pas avoir besoin de beaucoup d’eau. Mais « c’est l’erreur classique de 90 % des gens. En fait, le caudex est rempli d’eau. » Comme un chameau, la plante a besoin de boire pour créer des réserves dans son bulbe. Ainsi, en fonction de l’emplacement, plein soleil ou mi-ombre, il faudra l’arroser plus ou moins souvent, mais toujours « quand le substrat est sec ». Une rose du désert en stress hydrique va voir ses feuilles jaunir car « elle préserve ses racines ». Attention, la plante ne doit pas pour autant avoir les pieds dans l’eau ! Il ne faut pas laisser de coupelle sous le pot pour éviter l’eau stagnante.

Esthétisme

L’Adenium obesum est très utilisée dans l’art du bonsaï. Les spécialistes la préfèrent donc avec un bulbe rond, uniforme, et une tête courte, aux petites branches multiples et feuillues. On taille les branches qui montent trop haut « en réfléchissant à l’aspect esthétique, car à chaque coupe, la tige se démultiplie », détaille le gérant de Pepi Chung. Une branche qui s’étire cherche le soleil. Pour la couper, il est essentiel de respecter certaines règles. En tant que succulente, la plante peut être sujette au pourrissement et aux champignons. La coupe se fera en biseau, à 45°. Ainsi, la blessure pourra suinter sans créer, en séchant, une petite forme concave qui retiendra l’eau, propice au pourrissement. Une rose du désert fleurit toute l’année. Si vous ne voyez pas poindre de beaux boutons, cela peut être dû à plusieurs facteurs, comme le manque d’eau ou l’invasion de nuisibles. L’Adenium est sensible aux acariens rouges, aux cochenilles à coque ou farineuses, ou encore aux insectes présents à l’intérieur même des racines. Les fourmis aiment fonder leur nid dans les radicelles. Le meilleur moyen de lutter contre ces invasifs est « d’observer. C’est primordial. C’est 50 % du travail », affirme Djordan Chung.

Multiplication complexe

Enfin, pour multiplier la rose du désert, encore une fois, il faudra faire preuve de patience et observer. Les abeilles sont trop grosses pour butiner et ainsi marier la rose, il faut donc laisser des insectes que l’on considère comme nuisibles faire le travail. Sous surveillance. Jouez donc les chaperons si vous voulez des rejetons ! Et pour le bouturage, ce n’est pas chose aisée. « Il faut couper là où la lignification a commencé, la branche ne doit pas être trop jeune. Laisser sécher, ajouter de l’hormone de bouturage, placer mi-ombre, mi-soleil dans un centimètre ou deux de terre, pas plus, arroser avec des engrais racinaires », liste le pépiniériste. Mais le résultat n’est pas assuré. La rose du désert est une belle plante résistante, mais il faut savoir être patient pour réussir à la séduire.

Pepi Chung : 6e KM, ouvert de 9 heures à 17 heures, mais appeler avant au préalable au 93 76 70. Facebook : Pepi Chung.

QUELQUES PLANTES ANTHROPOMORPHES

La rose du désert que l’on achète en pot chez les pépiniéristes du Caillou est souvent des aspects anthropomorphes, son caudex arrondi qui se divise en deux racines qui se croisent comme deux jambes. Les plantes anthropomorphes, qui font penser à un être humain, sont rares, mais il en existe certaines et elles ont inévitablement alimenté le bestiaire de l’humanité. La plus connue chez les Occidentaux est évidemment la mandragore. Originaire du pourtour méditerranéen, elle nournit abondamment les mythes et légendes des pays arabes comme européens depuis des siècles. Entièrement toxique, ses racines sont souvent divisées en deux, comme deux jambes qui se croisent. La légende dit que lorsqu’on l’arrache, elle pousse un cri meurtrier. La série Harry Potter a remis la mandragore au goût du jour. Une autre plante possède des racines anthropomorphes, la Fallopia multiflora, originaire de Chine. Elle ne paye pas de mine à l’extérieur, mais ses racines ressemblent réellement à un homoncule. Autant dire que ses vertus médicinales sont vantées dans la médecine traditionnelle chinoise.

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