Psychogénéalogie - « On a le moyen de se libérer de ses héritages familiaux»

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Nous nous sommes intéressés à la psychogénéalogie, cette méthode psychanalytique qui consiste à rechercher dans le vécu de nos ancêtres les sources de nos troubles psychologiques, comportements étranges, maladies actuelles.

Qu’est-ce que la psychogénéalogie ?

Jean Cardinale : La psychogénéalogie est un pont entre la psychologie et la généalogie. Elle nous permet de savoir d’où on vient, de connaître nos racines. Il y a un proverbe qui dit : pour savoir où on va il faut savoir d’où on vient. On a un héritage qui vient de nos ancêtres ; j’appelle ça des « couleurs émotionnelles ». Nos premiers ancêtres sont notre père et notre mère. Leur vécu, leurs traumatismes, leurs bonheurs, nous les avons en héritage. C’est ce qui fait qu’on a parfois des souffrances inexpliquées, qu’on vit des situations comme si on était là pour les réparer, pour les libérer. 

Je peux comprendre ça par rapport aux parents mais j’ai du mal à le concevoir par rapport aux arrière voire arrière-arrière-grands-parents et plus ?

On appelle ça une « cascade biologique ». Ça peut sauter une ou deux générations. C’est génétique. Notre corps a une mémoire, notre cerveau émotionnel a une mémoire. Tout ceci a un sens logique. Le cerveau est un laser : il arrive un événement à telle date, telle heure, c’est inscrit. C’est ce qu’on appelle un syndrome anniversaire. Par exemple, je viens de travailler sur un cas : on découvre grâce à l’arbre généalogique de mon patient que l’arrière grand-père, à 16 ans, perd son père et qu’il est donc obligé d’arrêter l’école pour s’occuper de ses petits frères et sœurs. C’est inscrit dans sa mémoire. Le deuil n’ayant pas été fait, l’histoire se répète sous une autre forme. J’ai pu expliquer à mon patient pourquoi son fils, qui n’a pas tout à fait 16 ans, veut soudainement arrêter l’école : pour ne pas que son père meurt, il arrête l’école avant ! Et pourtant l'enfant ne connaît pas cette histoire, elle est encodée dans ses cellules. Et en plus ça correspondait à la date du décès de l’arrière-arrière grand-père de ce garçon ! Après un travail en conscience et fait le deuil, il reprend l’école avec grand plaisir. C’est vraiment libérateur ! Souvent, les gens ne connaissent pas leur histoire au départ. Ils arrivent avec leur arbre généalogique et je fais le tri. On peut voir s’il y a eu de l’abandon, de la trahison, de la violence, des séparations douloureuses… Ce tissu familial, ce « puzzle », va nous donner un sens par rapport à notre propre vie et à celle de nos enfants. En faisant ce travail en profondeur, non seulement on se libère mais on libère ses enfants également. Ce travail sur soi, permet de ne pas reproduire le schéma familial.

Un nouveau regard sur la situation

Mais si par exemple, c’est une autre personne qui nous a élevé, un beau-père ou une belle-mère ; Doit-on aussi venir avec son arbre généalogique ? Est-ce que ça joue également ?

Vous soulevez là une loi biologique qui est extraordinaire. Les gens s’attirent en fonction de sur-stress ou de chocs émotionnels qu’ils ont en mémoire. Il n’y a pas de lien de sang mais de cerveau à cerveau, ils ont en commun le même traumatisme. Je vous donne un exemple : une femme perd sa mère quand elle a 9 ans. Elle rencontre un homme qui a perdu son père quand il avait 11 ans. C’est comme si deux cerveaux se rencontraient d’abord. Ils ont le même sur-stress. Ce drame biologisé va faire que les parents de ma patiente vont se séparer quand elle a 9 ans et quand elle vient me consulter, l’événement encodé deux générations au-dessus d’elle se répète, quand un des ses enfants, n°2 comme elle (lire plus loin), a neuf ans elle est en pleine séparation d’avec son époux et ni l’un ni l’autre ne comprend vraiment pourquoi ils en sont là. Le cerveau avait bien enregistré dans son horloge biologique ce traumatisme. Il faut une séparation. Heureusement grâce à une analyse de l’arbre et un travail sur celui-ci, on a évité une relecture fidèle de ce drame et tout est rentré dans l’ordre aujourd’hui.

Est-ce qu’il suffit de prendre conscience du problème pour le régler ?

Tout ce qui ne vient pas à la conscience retourne sous forme de fatalité, de hasard. (C.G.Jung). Or la prise de conscience des choses, permet d'avoir un éclairage nouveau, un autre regard sur la situation. C’est le fait d’avoir un autre regard qui permet de modifier à notre avantage les choses. Pour exemple, je vais vous parler de moi : Il y a quelque temps, après un choc émotionnel important, j’ai eu une grave maladie. Après étude de mes cycles, je me suis aperçu que j’étais en face de périodes très douloureuses de ma vie. Au lieu de craindre de revivre ces cycles récurrents de souffrance, je me suis demandé ce que ces périodes m’avaient apporté de positif, et après une analyse approfondie, j’ai pu avoir un nouveau regard sur la situation actuelle et agir immédiatement. Aujourd’hui, après un travail sur moi et cette maladie, j’ai retrouvé la santé. Bien entendu, il faut travailler ces conflits en psychogénéalogie, repérer ses cycles biologiques cellulaires mémorisés, pratiquer le décodage, faire des actes symboliques… C’est ce que j’appelle la « globale thérapie ». 

Mais vous donnez tout de même des « clés » aux personnes pour les aider ?

Évidemment. Il y a des outils que j’utilise comme la conscience cellulaire, la visualisation, le projet-sens, l’EMDR… Et il est indispensable de conclure par un acte symbolique. Cela permet de consolider tout ce travail. La conscience n’est pas qu’abstraite. Par exemple, je fais souvent écrire aux personnes, la partie concernée de leur histoire ; elles mettent ainsi par écrit ce qu’elles ont ressenti au moment de « l’impact » et l’on fait ensemble un décodage émotionnel de celle-ci. Et c’est extraordinaire, il se passe quelque chose, ça vibre à l’intérieur, ça bouge dans les cellules ! Et là, s'opère un « mouvement de vie ». Si on ne met pas en place ce mouvement de vie, ça reste statique et l’histoire peut poursuivre son chemin et reproduire l’événement en cascade.

Vous me parliez de décodage biologique, vous pouvez développer ?

Un petit choc, un petit traumatisme entraîne souvent une « petite » maladie, un gros traumatisme, une maladie plus grave. Chaque organe est un réceptacle émotionnel et tout dépend de notre ressenti. Le ressenti est une empreinte émotionnelle individuelle. Je vous donne encore un exemple : deux personnes apprennent une mauvaise nouvelle au même moment. La première fait un ulcère de l’estomac. Quand on lui demande « son ressenti sur le moment » elle a répondu sans même s’en rendre compte « cette injustice, ça m’est restée sur l’estomac ! ». Elle l'a somatisé par un ulcère (ulcérée). L’autre personne n’a rien développé du tout. Elle avait vécu cette situation avec beaucoup plus de sérénité : « elle a pensé immédiatement à une reconversion et l’opportunité de réaliser son rêve ». Autrement dit, elle ne va pas en faire une maladie… La même chose ne sera pas vécue de la même façon par deux personnes. Quand je fais un décodage biologique, c’est la première chose que je recherche, connaître l’impact émotionnel qu’un événement a pu avoir sur la personne. Je travaille également sur les prénoms, leur résonance émotionnelle et les dates, car tout a un sens. Un sens biologique. La difficulté est de réussir à trouver et établir les liens, car ces équations forment une synergie entre elles.

Comment être acteur de sa vie quand on « traîne » un héritage qui peut parfois être lourd ; c’est frustrant !

Oui, d’autant plus qu’on n’hérite pas tous d’une « villa avec vue sur mer » ! Mais heureusement, comme on l’a vu plus haut, on a les moyens de se libérer de ses héritages familiaux, maîtriser les événements qui nous échappent, et reprendre sa vie en mains et être acteur et non effet. Mais attention, des héritages qui peuvent paraîtres bons à certains peuvent être lourds à porter pour d’autres. 

Vous me dites donc qu’au sein d’une même fratrie, ces héritages ne sont pas vécus de la même façon…

Encore une fois, tout est question de ressenti. Mais l’ordre de la fratrie joue aussi un rôle. Le premier enfant va hériter de ce que les numéros un ont vécu, les deuxièmes des numéros deux. Il y a une loi numérique biologique : 1, 2 et 3 et le 4 revient au 1. Quand je travaille sur un arbre généalogique, je peux faire le lien immédiatement. Même une fausse couche ou une IVG est comptabilisée. Tous les outils sont précis et précieux parce qu’ils vont nous permettre d’accéder au libre-arbitre auquel on aspire tous. Comme enfin trouver sa place.

Mais si on ne peut pas reconstituer tout son arbre généalogique, qu’on n’a pas accès aux informations, pouvez-vous travailler avec cet arbre « tronçonné » ?

Je vous ai dit que les personnes s’attirent en fonction des chocs émotionnels qu’elles ont une mémoire en commun. Autrement dit, un couple, c’est un miroir. On peut donc travailler sur la moitié d’un arbre généalogique même si, évidemment, c’est mieux d’avoir les deux parties. Mais cette absence d’une partie de l’arbre généalogique explique souvent qu’il y a un vide. C’est pourquoi il est important que chacun fasse son propre arbre généalogique. Il suffit de remonter aux grands-parents et honnêtement, j’ai déjà de la matière pour découvrir les conflits programmants et déclenchants. Oui, aujourd’hui, nous avons le moyen de se libérer de ses héritages familiaux.

 



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