Syndrome de Noé : quand l'arche perd la raison

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Animées par la volonté de bien faire, certaines personnes, atteintes du syndrome de Noé, en viennent à multiplier les adoptions d'animaux en souffrance sans pouvoir réellement s'en occuper.

 C'est un peu l'arche de Noé mais en version glauque. À l'instar du personnage biblique, certains amoureux des animaux souhaiteraient pouvoir sauver toutes les bêtes du monde, abandonnées, victimes de maltraitance ou en manque d'amour. Une intention louable qui peut néanmoins se transformer parfois en véritable cauchemar. Reconnu comme un trouble psychique, le syndrome de Noé consiste en effet à entasser dans de petits espaces des dizaines voire des centaines d'animaux sans pouvoir s'en occuper décemment. Souvent livrés à eux-mêmes, ils vivent dans des conditions insalubres et finissent par mourir de malnutrition ou de maladie.

Un peu, beaucoup, à la folie… pas du tout !

Tiré du terme anglais « animal hoarding », le syndrome de Noé désigne un besoin compulsif d'obtenir et de contrôler des animaux. Répertorié comme maladie mentale, il touche surtout les femmes (à 76 %), âgées de plus de 60 ans, vivant seules et connaissant des difficultés économiques.
Détenir de nombreux animaux n'est pas un problème en soi, du moment qu'ils jouissent de bonnes conditions de vie. Ces adoptions à outrance deviennent en effet pathologiques lorsqu'elles ont pour objectif de combler des traumatismes personnels. Généralement, les personnes atteintes du syndrome de Noé ne supportent pas l'idée qu'un animal puisse être maltraité ou abandonné au point de vouloir sauver toutes les âmes esseulées qu'elles croisent sur leur chemin. C'est aussi une façon de s'attirer la sympathie des autres et de passer pour un bon samaritain.
Mais cette frénésie ou cette volonté de faire à tout prix une bonne action causent souvent un oubli de la réalité et un déni des souffrances subies par les animaux. Au final, ces actes de charité peuvent se transformer en actes de cruauté.

Maltraitance et conditions sanitaires épouvantables

Bien que le phénomène soit relativement rare, plusieurs cas d'adoptions en masse, parfois dans des appartements ou des maisons minuscules, ont été identifiés. Résultat, les animaux vivent dans leurs déjections, sont mal nourris, contractent de nombreuses maladies et sont parfois obligés de cohabiter avec leurs congénères décédés.
Outre ces conditions de vie désastreuses, un autre problème entoure cette pratique du hoarding : celui de la reproduction. Souvent non stérilisés, les animaux se reproduisent à tout va et prolifèrent dans des espaces où ils sont déjà bien à l'étroit. Certains propriétaires, parfois sans scrupule ou tout simplement dépassés par la situation, n'hésitent pas à se faire passer pour des éleveurs et vendent leurs petits prisonniers à bas prix.

Les nouveaux animaux de compagnie aussi

De façon générale, ce sont surtout les chats qui sont victimes de cet « animal hoarding ». Les chiens sont en effet peu concernés car les cas de maltraitance sont détectés relativement rapidement. Il est en effet plus difficile d'entasser des dizaines de chiens qui aboient toute la journée et qui ne se promènent quasiment jamais. Mais, avec la tendance des nouveaux animaux de compagnie (NAC), le syndrome de Noé touche aussi de plus en plus ces petites bêtes. Moins bruyants que les chiens et moins mobiles que les chats, les NAC tels que les rongeurs, oiseaux ou poissons sont malheureusement faciles à entasser par dizaines puisqu'ils vivent dans des cages, aquariums ou vivariums. Bref, n'est pas Noé qui veut…

 



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