Au secours : ma fille est une princesse !

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Raiponce par-ci, Cendrillon par-là…Votre fille n’a qu’un credo : être une princesse ! Elle a d’ailleurs tellement fredonné ce fichu Libérée, délivrée de la Reine des Neiges qu’elle a réussi à vous congeler le cerveau ! Apprentissage classique de la féminité ou retour de la femme objet ? On fait le point.

« Mais, je veux mettre ma robe d’Anna (1)! », hurle votre fille tous les matins, avant d’aller à l’école... La faute à qui ? Sans doute un peu à Andy Mooney.

Passion Disney

En 2000, cet Américain travaillant pour Disney assiste à un spectacle de Disney on Ice, où il se retrouve entouré d’une nuée de petites filles déguisées en princesses avec des costumes faits maison. Dès le lendemain, il initie un projet baptisé « Princesses Disney ». L’idée ? Exploiter les figures féminines des films du créateur de Mickey. Et c’est ainsi que Blanche-Neige, Cendrillon et toute la clique colonisèrent vêtements, draps, cahiers, trottinettes, etc. Un carton, doublé d’une véritable épidémie : partout, les objets siglés pullulent. La principale ambition des fillettes de 3 à 6 ans ? Aller au bal, porter de belles robes et épouser un prince. Face à cela, les mères s’inquiètent. Leurs filles endoctrinées risquent-elles de devenir des femmes soumises ? S’agit-il d’une étape normale de développement ? Telles sont quelques-unes des questions que s’est également posée Peggy Orenstein, journaliste féministe américaine et auteure de Cinderella Ate my Daughter (2) (Cendrillon a mangé ma fille), enquête hilarante sur les dessous de la vague rose aux États-Unis.

© CC/Everypixel

Interrogés, les spécialistes du développement infantile s’accordent sur un point : les récits de princesses ont toujours existé dans la culture populaire et aident les petites filles à s’approprier leur identité féminine. Comme le rappelle le psychiatre et écrivain Serge Hefez :

Ce n’est qu’à partir de 3-4 ans que les enfants construisent leur identité de garçon ou de fille. Comme cette étape est angoissante et qu’ils sont plus normatifs que la norme, leur comportement peut sembler caricatural. Autrefois, les femmes étaient objectivées, leur destin était figé, à l’image des princesses dont l’existence dépend d’un homme puissant, le prince. De nos jours, les petites filles grandissent toujours avec ces figures traditionnelles passives, mais elles sont infirmées par la réalité quotidienne de leurs mères qui travaillent. 

Princesses féministes

Si jouer à la princesse semble recommandé pour grandir, se prendre pour une princesse le serait nettement moins… Dans la pratique, pourtant, cela donne des petites filles qui se noient dans le kitsch, investissent les instituts de beauté et n’envisagent pas d’aller à un anniversaire sans avoir revêtu leur costume pailleté avec diadème ! Côté mode, on oublie le taupe et le prune. Pink is back (le rose est de retour)! Et les fillettes s’en donnent à cœur joie ! Faut-il pour autant paniquer ? « Entre 3 et 7 ans, les enfants ont un imaginaire extraordinairement prégnant, mais jouer, c’est faire semblant, dédramatise la psychologue clinicienne Béatrice Copper-Royer (3). Cette étape prend normalement fin à l’entrée en primaire. Le rôle des parents est de ramener ce phénomène à de justes proportions. » Au risque de ralentir la croissance de Disney et consorts, il faut trouver la mesure entre pulsions enfantines et besoins réels.S’il est à espérer qu’elles seront des princesses aux yeux de leur conjoint, les petites filles d’aujourd’hui sont très vraisemblablement les femmes indépendantes de demain. Dormir avec un pyjama la Reine des Neiges n’empêchera pas Mathilde d’être chercheuse à l’IRD. Et c’est sans doute cela la bonne nouvelle de cette culture utra girly : les femmes des années 2010 et leurs filles assument leur féminité, revendiquant le libre choix d’être et d’agir. On peut donc être féminine et féministe, intelligente et belle et, comme Daisy, la fille de Peggy Orenstein, se déguiser en Ariel la petite sirène tout en rêvant de devenir pompier.

En pratique


► Elle rêve du prince charmant

Elle renonce à ses souhaits œdipiens et accepte de ne pas se marier avec son père, le roi. Ce qui lui permet d’élaborer un avenir où il y a un possible. Comme devenir une femme et épouser un autre homme, le prince…

Ce qu’il faut faire : jouez-le jeu. Ne la freinez pas, même si ses projections maritales vous semblent trop à l’eau de rose !

Ce qu’il faut lui dire : « Quand tu seras mariée avec ton prince, tu voudras combien

d’enfants ? » Vous transmettez ainsi la confiance que vous lui portez. Oui, elle aussi sera un jour une femme séduisante qui deviendra mère, si tel est son souhait.

► Elle veut toujours avoir le meilleur rôle

Fille du roi, femme du prince, elle est la plus belle, la préférée et parfois la plus tyrannique.

Ce qu’il faut faire : laissez-la s’exprimer. Ça vous en dira long sur son évolution, sur ce qui lui pose problème dans ses relations. Au travers de la figure de la princesse, elle joue ce qu’elle ne peut vivre dans la réalité. Elle évacue ses frustrations d’impuissance à commander et sa jalousie à l’égard des autres femmes. Elle a ainsi besoin de se distinguer.

Ce qu’il faut lui dire : « C’est parce qu’elles sont jalouses de toi que les autres princesses, ont déchiré ta robe de bal ? » En donnant de la légitimité à ses frustrations, vous pourrez l’aider à comprendre des choses qu’elle ressent, mais qu’elle ne s’explique pas forcément.

► Elle veut aller à l’école déguisée

Par tous temps, votre princesse veut sortir avec son diadème et ses ballerines pailletées.

Ce qu’il faut faire : fixez les frontières de sa principauté ! Il faut distinguer le temps du jeu et celui de la réalité. À l’école, elle est une petite fille, pas une princesse. À la maison, vous pouvez collaborer au temps du jeu.

Ce qu’il faut lui dire : « À l’école, tu n’es pas une princesse, mais une petite fille. Tu ne peux donc pas y aller déguisée. » En délimitant les espace-temps, vous renforcez la construction de son individualité.


 

(1) Princesse du dessin-animé La Reine des Neiges.

(2) Disponible uniquement en anglais, éditions Harper-Collins.

(3) Auteur de Non, tu n’es pas encore ado !, éditions Albin Michel.

Sources : Enfant, Elle, Le Ligueur

 



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