Bien vivre une garde partagée

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La garde partagée ou résidence alternée est un mode de garde qui permet à l’enfant dont les parents sont séparés de vivre en alternance au domicile de l’un et de l’autre.

 

Le sujet fait débat chez beaucoup de spécialistes : sociologues, pédagogues, psychologues et pédopsychiatres s’interrogent sur les implications psychologiques de la garde partagée. Que faut-il en conclure ? Peut-on pour autant être pour ou contre ?

Dans de nombreux cas, c’est la moins mauvaise des solutions possibles pour que l’enfant soit élevé par ses deux parents… D’après le Pr Jean Camus, professeur émérite de psychologie à l’université de Toulouse (Le Mirail), « la résidence alternée apparaît comme la plus égalitaire entre homme-femme, père-mère, et assure une égalité des responsabilités entre les deux parents ».

Auparavant, il fallait impérativement choisir le foyer où résiderait l’enfant après le divorce ou la séparation : dans 85 % des cas, la garde était accordée à la mère. Le père bénéficiait d’un weekend sur deux et de la moitié des vacances scolaires. Le mode de garde à l’ancienne transformait le papa en « papa loisirs » toujours de bonne humeur, avec lequel on ne faisait que s’amuser. Pour l’enfant, le père devenait souvent le camarade de jeu idéal alors que la mère portait à elle seule le poids de son travail personnel, des tâches ménagères et éducatives et souffrait très souvent d’un manque de temps et de liberté pour reconstruire sa vie personnelle. Aujourd’hui, les parents sont reconnus égaux en droits et en devoirs à l’égard de l’enfant. Cette reconnaissance de la résidence alternée, bien qu’affirmée dans les textes, n’est pas encore de droit : elle est soumise à la décision du juge.


L’alternance à quel rythme ?

Il paraît normal que l’enfant partage son temps entre ses deux parents selon des rythmes variables en fonction de son âge. Pour le tout-petit, la garde partagée ne paraît pas souhaitable, elle peut même engendrer des traumatismes : dès les premiers mois de sa vie, le jeune enfant établit des liens particuliers avec sa mère. Cet attachement à la mère lui procure un sentiment de sécurité indispensable à son évolution et à son adaptation sociale. La séparation d’avec sa mère crée chez l’enfant un sentiment d’insécurité, il devient anxieux à l’idée d’une rupture d’avec son référent et cela peut engendrer des troubles du comportement...

Les spécialistes s’accordent pour dire qu’aux alentours de 6 ans, l’enfant devient moins vulnérable et peut commencer à gérer une telle situation. Avant cet âge, il est important que les parents trouvent un terrain d’entente : soit ils s’entendent bien et le père rend visite à son enfant chez son ex-conjointe, soit une tierce personne s’engage à recevoir le père afin qu’il puisse passer du temps avec son enfant. À partir de 6 ans, l’enfant peut passer quelques jours chez papa, puis quelques jours chez maman : du lundi au mercredi pour l’un, du jeudi au samedi pour l’autre et un week-end sur deux chez l’un ou chez l’autre. L’enfant plus âgé pourra passer une semaine chez l’un puis une semaine chez l’autre : c’est le système le plus couramment utilisé.

 
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Des bienfaits pour l'enfant et pour les parents

Ne nous leurrons pas, quelles que soient les circonstances du divorce, toute séparation engendre une souffrance chez l’enfant, il est donc important de faire en sorte que la douleur soit atténuée. Ce sont les parents qui divorcent et l’enfant n’a pas à en pâtir. La résidence alternée permet à l’enfant de conserver ses deux parents à égalité.

Le fait de vivre dans deux foyers et de partager des modes de vie différents apporte à l’enfant un enrichissement incontestable et une plus grande ouverture d’esprit. En ce qui concerne les parents, fini le temps où l’un des deux endossait toutes les responsabilités, ce qui le rendait moins disponible pour son enfant. Chacun des deux parents dispose de plus de temps pour effectuer des démarches et se reconstruire : lorsque l’enfant arrive, le parent qui le reçoit est plus détendu, plus disponible et en situation d’attente.

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Les conditions d’un bon fonctionnement

Il ne faut pas oublier que la décision de la garde alternée ne doit pas être prise à la légère ou demandée (puisque, en principe, c’est le juge qui décide !) : cela implique des contraintes matérielles et financières de tous ordres.

  • Un minimum de communication entre les parents
    Les parents doivent être capables de dialoguer. Le couple conjugal n’existe plus, mais le couple parental doit continuer à fonctionner. 

  • La proximité géographique est indispensable
    L’enfant doit conserver ses repères, rester dans la même école, ne pas être séparé de ses camarades de classe, pratiquer les mêmes activités de loisirs (sport, chant, danse, théâtre...).

  • Une certaine aisance financière des parents
    Les équipements doivent être achetés en double.

  • La mise en place d’un code de bonne conduite
    Respecter les accords qui ont été passés.
    Prévenir l’autre parent lors d’un retard, d’un problème de santé...
    Ne pas dénigrer l’autre parent et ne pas poser trop de questions sur sa vie personnelle.
    Ne pas essayer de s’accaparer l’enfant plus souvent qu’il n’est prévu.
    Essayer de désamorcer les conflits.

Ce mode de garde présente beaucoup de souplesse : l'essentiel réside dans la bonne entente des parents et la préservation des intérêts de l'enfant.

 



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