Faut-il leur faire croire que le Père Noël existe ?

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Toujours plus confrontés à la violence et au cyber-harcèlement, les enfants et adolescents sont nombreux à souff rir en silence, au point, parfois, de commett re le pire. Le pédopsychiatre Thierry Delcourt nous éclaire sur ce phénomène grandissant…

 

À l’approche des fêtes de fin d’année, difficile de ne pas croiser le père Noël dans la rue ou dans les centres commerciaux. Plus dur encore est de répondre aux nombreuses questions des enfants qui connaissent tous, tôt ou tard, ce personnage emblématique censé leur apporter une montagne de cadeaux la nuit du 24 au 25 décembre. Si la majorité des tout-petits y croient dur comme fer, d’autres savent, dès le début, que ce gros bonhomme barbu vêtu de rouge n’existe pas vraiment. Faut-il faire croire aux enfants que le père Noël existe ? Quel impact ce mensonge a-t-il sur leur construction ? Éléments de réponse.

Un joli mensonge

Si l’on assène sans cesse aux bambins qu’ils ne doivent pas mentir, les adultes sont pourtant les premiers à leur raconter des histoires farfelues. Celle d’un vieux monsieur débarquant du pôle Nord en traîneau, tiré par des rennes pour distribuer des cadeaux à la planète entière, fait sans doute partie des plus gros boniments jamais inventés. Mais jusqu’à l’âge de 5 ans, les bouts de chou confondent le réel et l’imaginaire, et l’imagination est particulièrement importante dans le développement d’un tout-petit.

Pour certains spécialistes de la petite enfance et psychologues, la croyance dans le père Noël contribue à stimuler la créativité et l’imagination de l’enfant, qui a besoin d’une vision féerique du monde. En ce sens, croire au bonhomme en rouge est un « joli » mensonge qui participe à la magie de l’enfance. C’est aussi l’apprentissage de la générosité et du don puisqu’il n’y a pas encore de vision mercantile de cette fête.

Le revers de la médaille

À l’inverse, d’autres pointent du doigt les effets néfastes de cette croyance, à l’instar des psychologues Kathy McKay et Christopher Boyle, dont l’étude publiée en 2016 dans la revue The Lancet avance que les enfants peuvent être blessés par ce mensonge en prenant conscience que leurs parents sont alors capables de leur mentir pour tout un tas d’autres raisons. Une telle tromperie pourrait aff ecter la confi ance envers le père et la mère, et être vécue comme une véritable trahison. Pire encore, selon les chercheurs, lorsque la croyance dans le père Noël est utilisée à des fins de chantage, il s’agit d’une erreur éducative et contre-productive qui va à l’encontre des valeurs de bonté, de don et de générosité véhiculées par ce personnage culte.

Un retour parfois violent à la réalité

Une chose est sûre, c’est que lorsque la vérité éclate, bon nombre d’enfants connaissent un état de crise (environ 45 % de ceux âgés entre 6 et 7 ans). Cett e grande déception les renvoie à la réalité et leur fait comprendre que les contes de fées et les histoires de lutins n’existent pas vraiment. Cett e plongée, parfois soudaine, dans le réalisme peut être déstabilisante et remettre en question la vision du monde qu’ils se sont forgée.

D’un autre côté, c’est aussi pour eux le moment où ils entrent défi nitivement dans l’univers des grands, comme si être dans la confi dence de l’inexistence du père Noël les rendait plus lucides et plus émancipés. Car, finalement, ne plus croire à ce personnage magique est une façon de sortir de la petite enfance…

8 ans, l ’âge décisif

Si, tôt ou tard, les enfants fi nissent par apprendre la triste vérité, par leurs parents ou à l’école, les spécialistes fi xent la limite à 8 ans environ. En eff et, vers l’âge de 7 ans, les bambins savent faire la différence entre les mythes et la réalité et sont tout à fait capables d’accepter que ce gros barbu n’est finalement qu’une légende.



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