Nos enfants sont-ils méchants?

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Malgré leur visage d'ange et leur sourire enchanteur, les enfants peuvent se montrer violents, surtout entre eux. Ces bourreaux en herbe sont pourtant des victimes…

On a tous eu vent d'histoires sordides et effrayantes dans lesquelles des enfants ou des adolescents se livrent à des actes d'une grande barbarie. Si certains souffrent de problèmes psychologiques, d'autres n'ont tout simplement pas conscience de la gravité de leurs gestes. Dans ce cas, il est du devoir des parents ou des adultes responsables de les aider à devenir des gens bien.

Un être impulsif

La méchanceté de l'enfant se traduit de plusieurs façons : il peut tirer les cheveux de ses camarades, les frapper, les isoler, martyriser les animaux ou faire des blagues de mauvais goût. Même si un tel comportement rend souvent les parents fous de colère, la terreur des bacs à sable reste un enfant, et n'est pas foncièrement méchant. D'ailleurs, personne ne naît ni gentil, ni cruel, ni même civilisé, mais tout le monde le devient selon son parcours, son histoire familiale et les circonstances de la vie. Naturellement, toutes les têtes, blondes ou brunes, agissent par pulsion : elles volent ce qu'elles convoitent, tapent ceux qui les agacent, s'énervent quand elles perdent un jeu… Capricieux, les petits veulent, d'instinct, tout et tout de suite, ce qui leur procure un sentiment de plaisir et de toute-puissance. Certains agissent également ainsi pour pallier un manque d'attention ou d'affection. Ils veulent se faire remarquer ou aimer des autres. Parfois, c'est aussi une façon d'exprimer un mal-être, une colère, une timidité, un manque de confiance en soi…
« Il est important de se rappeler qu’avant 5-6 ans, le cerveau de l’enfant est encore immature et c’est un être qui est gouverné par ses émotions.(cerveau archaïque), énonce Anne-Marie Berger, psychanalyste. Il ne faut donc pas dramatiser devant des comportements agressifs mais évidemment réagir, expliquer que ce n’est pas la bonne attitude et l’accompagner à trouver petit à petit d’autres types de comportements

« On est parfois cruel en pardonnant et miséricordieux en punissant »
Saint-Augustin

 L'apprentissage des règles 

Toléré chez les tout-petits, ce comportement devient inacceptable en grandissant, qui plus est lorsque l'adolescence côtoie dangereusement les frontières de l'âge adulte… C'est pourquoi, il est nécessaire de rectifier le tir le plus tôt possible car, seul, l'enfant ne peut pas changer. L'éducation, qui incombe à tout parent ou tuteur légal, n'est pas un exercice ponctuel, mais un travail de tous les jours. « En consultation avec des enfants ou ados, j’aime bien utiliser la métaphore du pied de tomate : pour bien pousser le pied de tomate a besoin d’un tuteur, développe la professionnelle. On laisse la plante se développer mais on la ramène sans cesse vers le tuteur ; ni trop serré, ni trop lâche, ainsi la plante produira de beaux fruits qui ne traîneront pas à terre et ne se gâteront pas. Idem pour l’enfant ; il « pousse » en faisant ses expériences, mais les parents le ramène sans cesse vers un axe éducatif –tuteur- (ni rigidité ni laxisme mais fermeté et justesse ). On dit : élever un enfant… Or, élever c’est pousser vers le haut, faire monter de niveau, hisser ! »

Il est d'abord indispensable de montrer l'exemple et de respecter soi-même les règles de bonne conduite en société. Il faut ensuite les faire retenir aux plus jeunes, en les répétant encore et encore. « C’est entre 4 et 6 ans que ces comportements agressifs s’estompent progressivement. En revanche si là, vous constatez que votre enfant n’arrive pas à maîtriser ses émotions et ses colères et que l’agressivité perdure, il est probable qu’il soit en souffrance psychique. Mieux vaut alors chercher de l’aide auprès d’un professionnel. » Enfin, en cas de non-respect, même si la transgression paraît banale, il devient nécessaire de sanctionner et de punir, et ce même à l'adolescence. « Aimer, c’est savoir aussi sanctionner si nécessaire », rappelle Anne-Marie.

La prise de conscience

La « morale » a elle aussi son importance : l'enfant doit comprendre les règles de lui-même, et surtout les trouver justifiées. Il doit prendre conscience de la valeur de la vie – de la sienne comme de celle des autres, humains ou animaux –, assimiler les notions de douleur et de souffrance, et comprendre que la loi n'est pas qu'une simple obligation, mais qu'elle est utile voire primordiale, et le protège. Le but est qu'il saisisse que ses pulsions sont nuisibles et qu'il réussisse à les contrôler. Cependant, en freinant sa colère, il risque de se sentir frustré. Il est donc conseillé d'écouter ses désirs et d'essayer d'y répondre autrement, en trouvant une alternative. L'écoute et la communication sont l'une des clés de l'éducation. « L’empathie, l’écoute bienveillante sont essentielles pour aider nos enfants à grandir; cependant attention à mettre des limites, un cadre de loi ( la Loi qu’ils retrouveront d’ailleurs à l’âge adulte). Comprendre, apaiser ne signifient pas laisser faire, ni approuver la conduite de l’enfant. »
Les enfants que l'on pense méchants, violents ou sadiques ne sont dans le fond que des êtres mal ou pas suffisamment cadrés. Cela peut même montrer des traumatismes graves, car nombreux sont ceux qui répètent ce qu'ils voient à la maison. Plutôt que de les toiser du regard ou de les gronder, mieux vaut alors les écouter et les aider, car ce sont eux les premières victimes… « Il convient toujours de s’interroger face à un enfant en difficulté. Il a en général beaucoup « à dire » derrière ses comportements abusifs , excessifs et inappropriés. C’est le rôle des adultes de permettre aux enfants de devenir des adultes « humains et responsables » Un enfant sans modèle se perdra…»



 



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