Pour une pédagogie de la tortue

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Toujours plus, toujours plus vite, toujours plus tôt… Dès leur plus jeune âge, nos enfants sont aujourd’hui confrontés aux exigences d’une société où le mythe de la vitesse fait loi. Prenant le contre-pied de cette tendance, l’éducation lente nous invite à laisser aux plus jeunes le temps de grandir…

 

Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Dérivée du mouvement Slow, l’éducation lente – ou slow education – invite la notion de lenteur dans le monde de l’école et des apprentissages. Après l’alimentation lente, le tourisme lent, le sexe lent et les villes lentes, c’est au tour de l’enfance de prendre sa vitesse de croisière. Farouchement opposés au culte de la précocité, les tenants de cette doctrine entendent bien redonner aux plus jeunes le temps dont chaque enfant a besoin pour développer sa curiosité, se construire et, surtout, s’épanouir… Pourquoi ? Comment ? À l’heure du débat sur les rythmes scolaires, la pédagogie de l’escargot sort enfin de sa coquille…

La course à l’enfance

Profondément ancrée dans notre modèle éducatif, la notion de compétition impose aujourd’hui ses diktats à l’enfance : être le premier, être précoce, être un petit génie pour mieux se démarquer de ceux qui n’en sont pas… : à la maison comme à l’école, l’enfant est très tôt confronté à la pression sociale. Car il faut bien l’avouer : ce poids, ce n’est pas seulement le milieu scolaire qui le fait peser sur les frêles épaules de nos bambins. Nous aussi, parents, avons notre part de responsabilité dans cette hyperstimulation. Emplois du temps surchargés, activités extrascolaires en surnombre, absence totale de temps morts… L’enfance est aujourd’hui devenue une course à la réussite.

Laisser le temps au temps

Déjà, dans les années cinquante, le pédagogue Célestin Freinet, fondateur de l’école éponyme, attirait l’attention des parents et des enseignants sur la nécessité de laisser à l’enfant le temps et l’espace dont il a besoin pour se développer sereinement. « L’élève n’est pas un vase vide qu’on remplit, mais un feu qu’on allume », disait Montaigne. Ce qu’on oublie trop souvent c’est, qu’audelà de la simple intégration des savoirs, l’éducation a pour moteur la curiosité naturelle de l’enfant. Pour lui permettre de développer cette qualité, la pédagogie lente propose une réflexion qualitative sur la nécessité de recentrer l’enseignement sur cette valeur essentielle qu’est l’envie innée d’apprendre. Ralentir le rythme, alléger les programmes, aménager des temps morts propices à l’oisiveté et à la détente, c’est ouvrir autant d’espaces vides que l’enfant pourra remplir à sa façon, et surtout à son rythme.

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D ’autres approches

Montessori

Plutôt qu’une méthode, l’approche Montessori est un état d’esprit qui place l’enfant au centre, le considérant avec le plus grand respect, dans sa globalité et son unicité. L’enfant porte en lui un potentiel immense et le pouvoir de s’auto-éduquer s’il est placé dans un environnement préparé et adapté à ses besoins, favorable à son épanouissement. « L’enfant n’est pas un vase que l’on remplit, mais une source qu’on laisse jaillir. Il est primordial de laisser à l’enfant le temps de se construire. Respecter son rythme et ses besoins permet de susciter son intérêt. »

Steiner

La méthode Steiner-Waldorf est fondée sur l’idée de la liberté de l’homme, convaincue que l’amour, la confiance et l’enthousiasme, en lieu et place de l’ambition, la crainte et la compétition, dotent les enfants de la sérénité et des forces qui leur seront indispensables pour avancer dans un monde incertain, y réaliser leur projet d’existence. Accueillir l’enfant à l’école, cela signifie le reconnaître dans sa personne individuelle, établir avec lui une relation de confiance et de responsabilité dans la continuité. La tâche de l’enseignant devient alors de favoriser l’épanouissement de chaque enfant dont il a la charge, de l’accompagner vers la découverte de sa voie originale.

En Nouvelle-Calédonie, plusieurs écoles et crèches appliquent ce type de méthode. Vous trouverez facilement leurs contacts sur le Net.

Laissez les enfants tranquilles de Carl Honoré, éd. Marabout, 320 pages.En savoir plus :

Inscriptions dans les meilleures écoles, surcharge d’activités extrascolaires, exigence de performances… La tentation de transformer nos enfants en petits génies est grande… Et dangereuse ! Pourquoi vouloir prendre en otage ces années d’insouciance si déterminantes pour l’épanouissement des petits ? C’est ce phénomène qu’analyse Carl Honoré, auteur du best-seller Éloge de la lenteur dans Laissez les enfants tranquilles. Paru chez Marabout en août 2012, l’ouvrage met en lumières les conséquences de l’hyperparentalité et propose d’en déjouer les pièges.

Laissez les enfants tranquilles de Carl Honoré, éd. Marabout, 320 pages.



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