Violence et cyber-harcèlement

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Toujours plus confrontés à la violence et au cyber-harcèlement, les enfants et adolescents sont nombreux à souffrir en silence, au point, parfois, de commettre le pire.
Pédopsychiatre depuis près de quarante ans et auteur du livre Je suis ado et j’appelle mon psy, Thierry Delcourt nous éclaire sur ce phénomène grandissant…

 

De quelle violence parle-t-on exactement ?

Il faut distinguer la violence que tous les ados peuvent connaître à leur âge, notamment dans les relations conflictuelles qu’ils peuvent entretenir avec leur entourage, et les autres violences qui engendrent une réponse impulsive. Il peut s’agir de la violence d’un groupe, d’une violence humiliante comme celle qui se pratique sur les réseaux sociaux, mais aussi de violence sociale, notamment dans les quartiers défavorisés où les jeunes vivent dans un monde plein de barrières où il leur est difficile de se projeter.

Quel est le profil de ces ados qui subissent la violence ?

Il y a d’abord les ados angoissés avec des idées suicidaires. Il faut savoir que le suicide est désormais la première cause de mortalité chez les jeunes, avec une nette progression chez les 11-14 ans. Il y a aussi ceux qui souffrent de phobies scolaires et de cyber-harcèlement. Mais je reçois également des jeunes qui sont eux-mêmes des harceleurs. Soit ils ne mesurent pas la gravité de leurs actes, soit ils sont dans un défi permanent. Enfin, beaucoup d’adolescents viennent consulter seuls, sans prévenir leurs parents, notamment pour des questions liées à l’identité sexuelle.

Les filles sont-elles plus touchées que les garçons ?

C’est kif-kif et la violence touche tous les âges ! En revanche, les garçons sont davantage concernés parles phobies scolaires par exemple, tandis que les filles souffrent surtout d’angoisses, de harcèlement, d’anorexie et sont plus largement victimes d’agressions sexuelles.

Peut-on dire qu’Internet et les réseaux sociaux ont fait empirer la situation ?

Il y a une bien-pensance qui affirme que les réseaux sociaux ou les jeux vidéo n’ont pas d’impact sur les enfants. C’est évidemment faux ! Les jeunes confrontés à des images traumatiques peuvent reproduire la violence à laquelle ils sont exposés s’ils n’ont pas la capacité de digérer ce qu’ils voient. Les jeux vidéo aussi floutent la frontière entre le réel et le virtuel, si bien que certains ne savent plus identifier la réalité. Quant aux réseaux sociaux, ce sont des bons outils, mais lorsqu’ils sont le théâtre de cyber-harcèlement, c’est redoutable ! Il s’agit probablement de la violence la plus importante. En revanche, on ne peut pas dire qu’il y ait une banalisation de la violence car la sensibilisation à ces questions est beaucoup plus importante aujourd’hui.

 

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Comment reconnaître un ado en souffrance ?

Le moindre changement de comportement doit mettre la puce à l’oreille. Chez certains, on observe un repli, une volonté de fuir le contact et des résultats scolaires en baisse. Chez d’autres, la souffrance se manifeste par la violence, les ados deviennent agressifs et ont tendance à reproduire ce qu’ils subissent sans forcément pouvoir le formuler.

Quel est le rôle des parents pour prévenir cette violence ?

Pour les plus jeunes, les parents doivent avoir un regard sur les réseaux sociaux utilisés par leur enfant. Il faut aussi les informer très tôt sur l’emprise qu’ils peuvent ressentir lorsqu’ils sont harcelés. Il faut absolument trouver des temps de dialogue, la communication est primordiale pour éviter les situations dramatiques.

Propos recueillis par Marina Knittel

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